Les mondiaux 2008 de Gijón en Espagne ont eu lieu du 4 au 12 septembre 2008 et la France en est repartie avec un beau bilan chez les séniors : 6 médailles, dont 2 titres avec Yann GUYADER (10.000 m à points sur piste) et Alexis CONTIN (15.000 m élimination sur piste), trois médailles d’argent avec Nicolas PELLOQUIN (500 m sur Piste) à nouveau Alexis CONTIN (1.000 m sur piste) et Julien LEVRARD (marathon route) et une médaille de bronze pour Yann GUYADER sur le 20.000 m élimination route.

Une septième médaille (en argent) a été glanée par les français mais en catégorie Junior par Elton Desouza.

Au classement général (classement sénior et junior confondus), la France s’est classée 6ème avec 7 médailles, loin derrière la Colombie grand vainqueur de ces championnats avec 33 médailles dont 15 d’or.

Nous avons rencontré Serge GARDERES, entraîneur des équipes de France Sénior pour qu’il nous parle de ces championnats vus du côté entraîneur.

Rollercourse : Bonjour Serge. Quel bilan général tires-tu de ces mondiaux ?

Serge Gardères :

Pour l’équipe de France senior garçons dont j’ai la charge, nous revenons avec 2 titres,

3 médailles d’argent et une de bronze, résultats très satisfaisant au vue du niveau mondial qui est au fil des ans de en plus élevé. Nous avions choisi une préparation sur le lieu même du mondial et cela a porté ces fruits.

L’équipe est formée principalement de jeunes et je pense qu’elle a un bel avenir pour les prochaines années.

Nous devons maintenant travailler sur la transition « piste/route » passage difficile depuis quelques années. L’équipe a le potentiel pour le faire et nous devons certainement faire des progrès sur ce plan.

Rollercourse : on note l’absence de médailles voir de places dans le top 10 pour les séniors féminines (excepté Aurélie Duchemin 8ème sur la course à points route avec 3 points) et même si la médaille du relais sur route (5.000 m relais) n’échappe que de peu aux françaises ? Manque de réussite, génération creuse, concurrence trop accrue, manque d’expérience … quelle est ton analyse ?

Serge Gardères :

Le niveau général des féminines a considérablement augmenté depuis 3 ans, des nations comme la Corée, la Colombie, les USA sont au dessus du lot, des individualités comme la chine, la nouvelle Zélande, l’Argentine, l’Italie, l’Allemagne arrivent à rentrer dans le top 10 mais un fossé commence à se creuser et une réaction est souhaitable en Europe si nous voulons garder le top 10.

Rollercourse : Les séniors hommes ont eu plus de difficultés sur route que sur piste. Comment expliquer ce phénomène ?

Serge Gardères :

Comme chaque année l’Equipe de France a du mal à se reconcentrer sur la route malgré une 3ème place de Yann sur l’élimination et une belle 4ème place de Florian au 500m.

Les sprinteurs du 200m sont passés à coté par manque de motivation sur cette course, nous nous retrouvons derrière des nations dont nous n’avons pas l’habitude d’être.

Chez les fondeurs, Yann blessé ne pourra essayer de glaner une nouvelle médaille à la course à point et Alexis a vu ressurgir une vieille blessure et sera indisponible pour la fin du championnat.

 

Rollercourse : Nous avons pu voir de belles tactiques employées par l’équipe de France qui ont permit notamment à Alexis CONTIN et Yann GUYADER de remporter le maillot arc en ciel.

Sans nous révéler tous les détails, peux-tu nous donner les grandes lignes des stratégies employées lors de ces championnats avec des exemples concrets ?

Serge Gardères :

Le tandem Yann, Alexis est je pense le meilleur tandem au monde, nous avons choisi le leader au départ de la course, mais celui-ci peut changer suivant la configuration de la course et la forme du moment de chacun, peu de tandem peuvent fonctionner de cette manière en se sacrifiant l’un pour l’autre afin d’obtenir le meilleur et surtout le titre. Cela a fonctionné pour les 2 courses de fond sur piste et nous prenons les 2 titres.

Pour le marathon la tactique était simple, nous avions le vainqueur de la WC en équipe de France et nous devions travailler pour lui, être dans toutes les échappées mais ne pas rouler afin que les autres nations travaillent pour revenir sur ces échappées. Mais un groupe de 5 patineurs avec julien Levrard commençait à avoir beaucoup d’avance et aucune nation ne parvenait à revenir, le groupe s’éclate et 3 athlètes restent en tête de la course avec 30 secondes d’avance, il a été convenu d’attendre le dernier tour avant d’essayer quelques chose et julien arrive à prendre quelques mètres sur l’Argentin mais Shane Dobbin le Néo Zélandais a une sacré expérience des marathons et parvient à garder quelques mètres d’avance sur Julien à l’arrivée. Une très belle 2ème place pour finir ce championnat et bravo à Julien qui a su gérer cette course.

Rollercourse : Justement, Joey MANTIA (USA) claironnait pouvoir gagner 7 titres lors de ces championnats. Les tactiques de l’équipe de France et des autres nations l’ont-ils empêché de réaliser cet objectif ?

Serge Gardères :

Je ne sais pas si Mantia aurait glané tous les titres, l’équipe allait très vite sur la piste et la différence de niveau que l’on pouvait voir sur les autres championnats entre Mantia et les autres n’était pas aussi flagrante. Malade certainement, mais peut être frustré aussi de ne pas dominer sur piste.

Rollercourse : Après le 1er titre de Yann sur le 10.000 m à points lors de la première journée, comment était l’ambiance au sein de l’équipe de France, cette victoire a-t-elle transcendée les autres athlètes ?

Serge Gardères :

Nous avons suivi le désir des athlètes de venir reconnaître la piste très tôt afin de pouvoir travailler sur la piste et lever le pied quand les autres nations arrivaient pour reconnaître celle-ci.

Nous sommes partis sur place 16 jours avant le championnat, une équipe très motivée pour faire des résultats, 4 sprinteurs qui se valent et donc qui sont en concurrence pour les différentes courses de vitesse du championnat.

L’ambiance de l’équipe est toujours restée au « beau fixe », pendant tout le séjour, l’encadrement ménageant des moments libres afin de respecter la préparation individuelle de chacun.

Quel est ton meilleur souvenir de ces mondiaux peut être d’un point de vue personnel et du côté de l’entraîneur :

Serge Gardères :

Je n’ai que de bons souvenirs, je suis parti sur ce championnat en étant au service des athlètes et en ayant comme objectif la réussite de l’équipe, la réussite individuelle.

Cette équipe m’apporte toujours autant de joie, les fondeurs qui font un carton plein sur la piste, les jeunes sprinteurs qui sont au premier plan en vitesse, la venue de marathoniens et une médaille au bout, que du bonheur.

Rollercourse : Quelles perspectives pour les prochaines échéances ?

Serge Gardères :

La  prochaine saison sera très chargée, nous aurons les Jeux méditerranéens fin juin, les jeux mondiaux où 3 athlètes sont sélectionnés, suivront les championnats d’Europe et les championnats du monde.

J’aimerai construire la saison comme cette année avec des rassemblements plus tardifs dans la saison.

Il faudra tenir compte des nombreux et lointains  déplacements pour  la fatigue et la récupération des athlètes, en gérer le coût  de ces voyages, et si cela reste encore possible je souhaiterai pouvoir remettre en place des stages avant les grands rendez-vous.

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